Femme devant le frigo, indécise. 

La culpabilité alimentaire

Entre la faim et la honte, un dialogue intérieur à clarifier

Est-ce que faire la paix avec la nourriture, c’est possible?

C’est décourageant lorsqu’on fait tout pour adopter de bonnes habitudes… et qu’on retombe dans cette impression de ne pas être correct·e. La culpabilité revient. On doute de ses choix, parce qu’ils touchent quelque chose de gros: la santé, notre santé, ce qu’on divulgue de nous à travers ces choix-là.

Et souvent, sans prévenir, des phrases bien ancrées depuis l’enfance refont surface. Tapies dans un coin de notre tête, elles jaillissent comme un bonhomme dans une boîte à surprise: «Cet aliment tombe dans les fesses.»

Dans ce blogue, je t’offre des pistes pour comprendre pourquoi la culpabilité colle autant qu’un œuf cuit dans le fond d’une poêle. Et je me suis posé la question: la théorie, c’est une chose… mais qu’est-ce qu’on en fait ? Comment transformer ça pour retrouver le plaisir de manger — le revivre en un acte libre, joyeux et conscient?

Commençons par une définition, juste pour mettre la table.

La culpabilité alimentaire, c’est ce malaise qui s’installe après avoir mangé. Un mélange de honte, de reproche, de sentiment d’avoir «trop mangé» ou d’avoir choisi un aliment jugé «mauvais». Ce sentiment vient souvent de la restriction mentale et des règles qu’on s’impose autour de la nourriture. Et il peut nuire au plaisir de manger, jusqu’à nous pousser à adopter des comportements comme sauter un repas, s’entraîner à l’excès ou se priver pour compenser un excès.

Les facteurs qui contribuent à la culpabilité alimentaire

Choisis la carte qui ressemble le plus à ce que tu vis face à ce sentiment désagréable, celui qui te freine… et qui, parfois, prend toute la place dans ta tête. (La carte tourne en cliquant dessus.)

Tous ces facteurs peuvent s’entremêler. Et s’il y a plusieurs cartes qui attirent ton attention, commence par en sélectionner une à la fois. Ce n’est pas une course. C’est un marathon. Un processus qui se vit une foulée à la fois.

En effet, changer certains automatismes ou habitudes demande du temps. C’est comme dénouer une chaîne: c’est long et parfois frustrant… mais tellement satisfaisant une fois qu’elle est lisse et sans nœud. Dans ce processus, il peut y avoir de la patience, de l’impatience, de la colère, un retour au calme… puis on recommence, chaque fois ayant un peu plus grandi. C’est la même chose avec l’alimentation. Il faut démystifier, comprendre, reformuler ce qu’on porte à l’intérieur… pour, peu à peu, s’en libérer. Ce temps investi, c’est une base solide pour aller mieux.

1

Les croyances individuelles

Ces pensées viennent souvent de règles intériorisées, non questionnées, qui transforment la nourriture en test moral.

«Je dois bien manger pour être une bonne personne.»

«Les aliments transformés sont mauvais.»

«Je n’ai pas de volonté si je mange ça.»

Les croyances individuelles

Ces phrases comme «je dois…» ou «je ne dois pas…» façonnent notre relation à la nourriture.

Voici 5 étapes pour les remettre en question:

  1. Note une croyance que tu as vis-à-vis de la nourriture ou un aliment en particulier.
  2. D’où vient-elle?
  3. Est-ce encore vrai aujourd’hui?
  4. Reformule-la en un message plus bienveillant, qui transforme cette croyance limitante en croyance aidante.
  5. Répète-la pendant quelques jours.

2

Les messages diffusés sur les réseaux sociaux et médiatiques

On finit par croire qu’il y a des aliments «bons» et d’autres «mauvais», ce qui alimente le jugement et la culpabilité.

Régimes populaires, influenceur·euse·s «santé», discours sur le «clean eating».

Médias qui présentent certains aliments comme des «tentations» ou des «tricheries».

Les messages diffusés sur les réseaux sociaux et médiatiques

Pas besoin de tout croire. On peut apprendre à filtrer ce qui nous aide… et laisser aller le reste.

Exercice: Est-ce que ce message est fiable pour moi?

  1. Quel est le message?
  2. Qui dit ça? Qui en est l’auteur·trice?
  3. Est-ce basé sur une peur ou sur une observation personnelle?
  4. Est-ce que ça fonctionne pour moi, dans ma réalité?

Tu peux contester l’information sans tout rejeter, tout en vérifiant sa provenance et sa véracité.

3

L’éducation alimentaire reçue

Parents ou adultes qui imposaient des règles rigides: «Finis ton assiette», «Tu n’auras pas de dessert si…».

Messages liés au corps et au poids durant l’enfance ou l’adolescence.

Ces expériences peuvent marquer la relation qu’on entretient avec la nourriture.

L’éducation alimentaire reçue

Certains messages de l’enfance façonnent encore nos choix d’aujourd’hui. Et si tu les remettais en question?

Exercice: Passer de l’héritage au choix

  1. Quel message t’a marqué·e lorsque tu étais jeune?
  2. Comment ce message influence-t-il encore ta façon de manger?
  3. Est-ce un message que tu veux garder ou transformer?
  4. Quelle phrase aurais-tu aimé entendre à la place?
  5. Comment peux-tu te l’approprier aujourd’hui, de manière authentique, dans tes paroles, tes gestes ou tes décisions?

4

Confusion alimentaire

Messages contradictoires: manger sain, mais sans restriction… Écouter son corps, mais surveiller les portions…

On ne sait plus quoi croire. Le mental prend le dessus, et chaque bouchée devient un dilemme. La culpabilité s’installe à force de douter de ses choix.

Confusion alimentaire

Exercice: 3 questions pour vérifier si un message est bon pour toi

  1. Est-ce que ce message te parle… ou te pèse?
  2. Est-ce qu’il vient d’une source fiable ou d’une tendance populaire?
  3. Est-ce que ce message t’aide à écouter ton corps (faim, satiété, plaisir)… ou te pousse à l’ignorer?

Si tu réponds par la négative à la première partie de l'une de ces questions, tu as le droit de mettre ce message en pause.

Faire le tri, c’est te donner la permission de garder ce qui t’aide… et de laisser de côté le reste.

5

Le perfectionnisme ou le besoin de contrôle

Volonté d’avoir une alimentation «parfaite», de suivre un plan à la lettre.

Sentiment d’échec dès qu’on s’en écarte.

Une bouchée de trop devient alors un «manque de discipline», ce qui déclenche honte et autocritique.

Le perfectionnisme ou le besoin de contrôle

Une alimentation «parfaite» est souvent un piège: à la moindre entorse, le sentiment d’échec s’installe.

Exercice: 5 étapes pour vérifier que tu ne t’imposes pas la perfection

  1. Identifie une règle rigide que tu t’imposes.
  2. Observe ce que tu ressens lorsque tu ne la suis pas.
  3. Demande-toi: est-ce réaliste de l’intégrer dans mon quotidien?
  4. Reformule cette règle pour qu’elle soit plus flexible.
  5. Mets-la en pratique pendant une semaine.

6

La culture des diètes

Valorisation de la restriction, de la minceur, de la performance alimentaire.

Alimentation présentée comme un enjeu de mérite ou de moralité.

Manger devient une épreuve. Et si on «échoue», la culpabilité prend alors toute la place.

La culture des diètes

Certains messages «santé» cachent des règles rigides. Voici comment les reconnaître.

Exercice: Détecter l’influence des diètes

  1. Est-ce que ce message classe les aliments ou les comportements comme «bons» ou «mauvais»?
  2. Te fait-il croire que ton corps doit être changé ou contrôlé?
  3. Propose-t-il une solution rapide ou un résultat garanti?
  4. T’amène-t-il à ignorer ta faim, ton plaisir ou ta satisfaction?
  5. Te fait-il sentir coupable, faible ou en manque de volonté si tu ne le suis pas?

Si tu as répondu «oui» à une ou plusieurs de ces questions, il y a de fortes chances que ce message vienne de la culture des diètes. Le questionner, c’est un pas vers plus de bien-être.

7

Les émotions non reconnues

Stress, tristesse, vide, solitude, colère… qui cherchent une porte de sortie.

On mange pour apaiser, puis on se juge d’avoir mangé.

La culpabilité devient une émotion-refuge… qui cache une autre plus profonde.

Les émotions non reconnues

Quand on mange pour calmer une émotion qu’on ne comprend pas, la culpabilité prend le dessus.

Et si tu répondais à ces questions:

  1. Que ressentais-tu avant de manger?
  2. Quelle émotion se cache sous la culpabilité?
  3. De quoi aurais-tu eu besoin à la place?

L’outil Manger ses émotions peut t’aider à mettre des mots sur ce qui se passe en dedans.

Boîtier de l’outil Manger ses émotions, un jeu de 52 cartes conçu par Marie-Eve Matte pour mieux comprendre les compulsions alimentaires et y répondre avec bienveillance.